Ensemble #48 | Juvisy Mag | Décembre 2025

23 • Ensemble #48 • Décembre 2025 Au nomdemes parents Focus Claude Sandler PORTRAIT Le 11 novembre dernier, au pied du Monument aux Morts, Madame le Maire remettait la Médaille de la Ville à Monsieur Claude Sandler pour son engagement au sein de la section de l’Union Nationale des Combattants de Juvisy en tant que Trésorier. Cette décoration est non seulement une récompense bien méritée pour son engagement auprès des anciens combattants, mais c’est aussi l’expression du plus profond respect de la Ville pour l’ensemble des victimes de la Shoah. Claude Sandler porte à lui seul toute la tragédie de la Résistance et de la Shoah. Bien qu’il fût enfant durant la guerre, il conserve des souvenirs bien distincts de ses parents auxquels il a été arraché en 1943. « Sandler n’est pas mon vrai nom. Je m’appelle Sandlerov, mais mon père, qui était un Juif d’origine russe, avait fui les pogroms et pensait que franciser son nom était déjà un acte fort d’assimilation à la culture d’un pays qui l’avait accueilli et à qui il vouait un véritable amour. Ma mère était Juive d’origine turque et partageait la même passion française. » Jacques et Esther ont élevé Claude dans le respect de la France et de ses institutions. Après le désastre de 1940, en tant que Juifs, mais surtout en tant que fervents républicains, ils rejoignirent le réseau de résistance « Combat » qui fut fondé en zone non occupée par Henry Fresnay et Berty Albrecht. « Mes parents occupèrent une place importante dans le réseau à Avignon, mais ils ont été dénoncés. » Claude garde de cet été 1943 le souvenir d’un acte d’amour ultime, quand sa mère le jeta par la fenêtre pour lui sauver la vie. « Quand la Gestapo est venue les arrêter, ma mère a eu le temps de me sauver. J’avais 6 ans et je ne l’ai jamais revue, comme mon père. Ils ont fait partie du convoi 43 qui les a emmenés à Auschwitz... J’étais recherché, mais j’ai été sauvé par des gens formidables qui m’ont caché dans le Vercors. Jean Geoffroy, futur sénateur du Vaucluse et membre d’un autre réseau de résistance, a été l’une des plus belles rencontres que j’ai faites, car c’est lui qui a pris sous son aile durant deux ans le petit garçon orphelin que j’étais. Ensuite, c’est une tante qui avait été internée à Drancy, mais qui avait été libérée car son mari était catholique, qui m’a récupéré et qui s’est occupée de moi. Mes parents me man- quaient, mais j’ai été aimé. » Et puis, la vie a repris son cours dans une après-guerre plus insouciante où il était permis de croire en un monde meilleur. Claude a poursuivi une brillante carrière dans le secteur de l’automobile, il a rencontré Claudine, qui deviendra son épouse et avec laquelle il aura une fille. « Mon statut d’orphelin, fils de deux Morts pour la France, m’a exempté du service militaire et de la guerre d’Algérie. Si je suis entré à l’UNC, c’est grâce à mon copain Jean Ducoux, un type for- midable qui disait ce qu’il pensait et à qui on ne pouvait rien refuser. Il avait été résistant, puis soldat dans l’armée de Lattre de Tassigny, et s’était battu contre le nazisme. Il m’a demandé de prendre la place de trésorier et j’ai accepté. » Pour Claude, le besoin de parler de la guerre, des blessures intimes de l’enfance, n’est venu que très tard. « J’avais fait ma vie en gardant pour moi mon histoire tragique et en me fondant parfaitement dans la population, comme mes parents l’auraient souhaité. Vous savez, à l’époque on ne parlait pas de la guerre. Ma femme elle-même ne savait pas grand-chose. Le besoin de témoigner est venu plus tard, grâce aussi à Jean avec qui nous parlions beaucoup de cette époque. » Aujourd’hui, alors que l’antisémitisme renaît de ses cendres, sous d’autres formes peut-être, mais avec les mêmes mécanismes nourris par les mensonges, l’inculture et la haine, Claude n’est pas vraiment serein. « J’avais une étoile de David autour du cou, mais je ne la porte plus. C’est comme ça. Je garde cela pour moi. Ma petite-fille s’intéresse à cette époque. Nous sommes allés au mémorial de la Shoah où sont inscrits le nom de ses arrière-grands-parents. Tant que je le pourrais, je veux continuer à parler, au nom de mes parents et de toutes les victimes de toutes les guerres qui endeuillent toujours le monde. »

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